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jeudi 17 mai 2018

Le self-made young à la voix armée


Parcours d'une valeur désormais incontournable

En concert, au ''Centre'' de Lobozounkpa, en août 2017
Un grand pragmatisme. Un pragmatisme, apparemment, trop grand, réellement incroyable pour son âge, au vu de la mentalité en vogue dans le Bénin d’aujourd’hui, chez les personnes âgées, au niveau des adultes, dans la gent féminine, dans l’univers des jeunes de sa génération : si l'on n'est pas né avec une cuillère en or dans la bouche, il n'y a pas de ''fouettage'' psychologique pour se dresser dans le champ des bénédictions octroyées à chaque vivant par Dieu, si l'on ne dispose pas d’opportunités, il n'y a pas d’initiative pour s’en donner, si l'on n'a pas de chance, il n'y a pas de combat pour se l’arracher, si l'on n'a pas d’ouvertures de la vie, il n'y a pas de réflexions pour les conquérir, si l'on n'a pas de recrutement dans la fonction publique, on ne cherche pas une inspiration pour l’espoir d’un mieux-être, si l'on ne trouve pas un emploi salarié plus ou moins bien rémunéré, on n'analyse pas ses potentialités professionnelles pour s’auto-employer, si l'on ne dispose pas de crédit pour lancer une petite entreprise, on ne lève pas les bras pour commencer un business à rien de frais. 

Toutes ces postures, toutes ces pesanteurs psychologiquement arriérantes, aliénantes et handicapantes, développeuses du chômage, provoqueuses de l’anti-développement, il les a toutes défiées, vaincues. S’il a pu, sans état d’âme, le faire, réaliser ce qu’il faut qualifier d’un exploit, c’est, semble-t-il, parce qu’il a vu le jour dans l’année de l’éclosion du renouveau démocratique en ex-Union des Républiques socialistes soviétiques (Urss), au Bénin et, entre autres, en Europe de l’Est : 1990. Plus précisément, le 24ème jour du mois de janvier. Une constance : un génie naît souvent sous un signe historique particulier.

A vingt-huit ans seulement, rigoureusement sonnés, il a compris qu’il fallait sortir des sentiers battus de l’attente du bonheur qui se réalise de l’extérieur. Et, il l’a exercé. Une véritable trempe, donc ! Le voilà, alors, désormais, un pratiquant de la parole, qui s’en est fait un as, un esprit qui, dans sa langue maternelle d’une nature profondément humoristique, fait rire en traitant les situations ordinaires relatives au quotidien des Béninois.

A l’origine, il s’est fait Technicien supérieur en Audiovisuel, depuis 2014, résultat de ses études à ’’Vidéo Leader’’, à Cotonou, après avoir, successivement obtenu, quelques années auparavant, un Baccalauréat, en 2010, un Probatoire, en 2009, au Togo et, notamment, un Brevet d’Etudes du premier cycle (Bepc), en 2006.

« Ose devenir qui tu es ! », a intimé André Gide, ce qui l’aura sûrement amené à tourner casaque par rapport à la profession à laquelle le destinait sa formation. D’ailleurs, sa mère étant femme de scène, le sang, les gènes auront dicté une loi d’airain. Par conséquent, il suit le même sillage professionnel que sa génitrice mais, à sa manière !

Il parle plus qu’il ne chante, il profère surtout, il déclame, il soumet l’agencement circonstanciel qu’il réalise des mots et des phrases, à une inspiration soucieuse de déstabiliser les tares de la société, les malaises des liens interpersonnels, les méandres noirs des relations politiques entre l’Occident et l’Afrique, la force des travers multiples qui rendent délétère la vie humaine. Il le pratique depuis un temps si important qu’à l'heure actuelle, il s’est fait le maître d’une voix armée ! Le résultat de tant de mois et d’années de luttes, de souffrances, de sacrifices, d’endurance, de persévérance.

Aujourd’hui, cette voix ardente, ardue, hardie, tonne, se déploie, subjugue le public, à travers les espaces de spectacles, à Cotonou, à Lomé et, en mai 2018, a émerveillé à Abidjan, au Marché des arts du spectacle d’Abidjan (Masa) ; elle se met au service de causes sociales telles que la lutte contre le mariage forcé, le combat contre les violences faites aux femmes. Dans son pays, l’Espace ’’Mayton’’, ’’Le Centre’’ d’Atropocodji, le ’’Parking bar’’, l’Institut français de Cotonou, notamment, ont savouré la finesse de ses jeux de mots, le créatif de ses parodies, l’adresse de ses mises en musique, la justesse de son observation du fonctionnement de la société moderne. ’’Aquarelle de couleurs’’, ’’Femme de sable’’, ’’1960’’, ’’Enagba’’,’’ Vrai leader de demain’’, ’’Sursaut patriotique’’, ’’Bénintovi’’ (Featuing avec Mamba noir), ’’Enongnin vévé’’ (Featuring avec Chokki) : quelques morceaux phare de son répertoire.

Au fil de l’expérience de la scène par cet artiste de la parole, tant de réalités ont changé, ont connu de l’amélioration : se fait seul face à Dieu, dans les coulisses, et non plus devant le public, son incontournable prière d’avant entrée en scène, se réduit comme une peau de chagrin le nombre de ses accompagnateurs instrumentistes, son art exigeant qu’on mette plus en vue l’individuel de la voix que le collectif de la musique. Son effervescence intellectuelle, ses tournures comiques, ses vues décalées l’imposent comme le pape de son genre artistique et, cette voix qui déchire, qui emballe n’est personne d’autre qu’Indra-Das Baktha Nounagnon, alias Gopal Das, slameur en langue goun, de son état, qui s’est construit par lui-même : un vrai self-made young à qui des morceaux désormais mythiques concourent à affecter respect et prestige, place de choix dans le slam au Bénin : ’’Hagbè’’, ’’Hounvi’’, ’’Sassigbé’’.

Marcel Kpogodo