lundi 11 décembre 2017

Deux jeunes Béninois remportent un prix à ''Toukountchi'', Festival de cinéma du Niger

Dans le cadre de la délibération des différents jurys

Le Festival de cinéma du Niger ’’Toukountchi’’ 2017 a clos ses manifestations, en début de soirée du samedi 9 décembre 2017. Le verdict final, toutes catégories confondues, s’est révélé favorable à deux jeunes cinéastes béninois qui remportent, chacun, un prix, dans leurs catégories respectives, honorant leur pays.

De gauche à droite, Rahmatou Keita, Présidente du Jury ''Documentaire'', Altidor Gildas Dossou et Youssoufa Halidou, Délégué général du Festival

Altidor Gildas Dossou, Prix du Meilleur court et moyen documentaire, et Serge Clément Anatovi, Prix de la Meilleure interprétation masculine ! Un extrait du contenu de la délibération des différents jurys ayant évalué plus d’une trentaine de films, lors de la deuxième édition du Festival de cinéma du Niger ’’Toukountchi’’ 2017, un événement dont l’essentiel des activités s’est déroulé au Centre culturel Oumarou Danga (Ccog), du 6 au 9 décembre.
En réalité, Gildas Dossou a été distingué dans un ensemble de cinq films documentaires qu’ont visionnés les membres d’un Jury de quatre membres. Le film lui ayant permis de remporter le Prix du Meilleur court et moyen documentaire est un vingt-six minutes, intitulé ’’Xwlakô, trésor d’un sol’’ ; il donne au spectateur de faire la découverte du processus très éprouvant, dur, laborieux de l’extraction du sel naturel mélangé au sable du village de Djègbadji, situé dans la Commune de Ouidah. Un film à découvrir absolument, vu sa capacité à restituer un processus artisanal, courageusement mené par les femmes, et que les prochaines années risquent de voir impitoyablement disparaître, de même que le sel qui en ressort, si rien n’est fait, un sel pourvu de vertus nutritives et préventives des maladies liées à la carence en iode.
En bonne possession de son trophée, le visage rayonnant, à cet effet, de ce jeune de 21 ans, poursuivant une formation en Licence de Journalisme et reportage d’images (Jri), dans l’option ’’Réalisation-cinéma tv’’, laisse Altidor Gildas Dossou, cet étudiant de l’Ecole nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), partager des impressions d’une profonde humilité : « Je suis content après l’obtention de ce Prix. C’est le travail de toute une équipe qui a été récompensé. Néanmoins, ce Prix ne doit pas être une fin en soit. Nous allons continuer de travailler, pour de plus belles victoires ».
Par ailleurs, il n’a pas manqué de faire connaître, généreusement, les conditions l’ayant amené à réaliser le documentaire lauréat : « J’ai découvert le village de Djègbadji en 2013, quand j’étais en seconde, au collège. Nous y étions dans le cadre d’une sortie pédagogique sur l’écosystème et la mangrove. Le travail de ces femmes m’a beaucoup impressionné. Dès que j’ai voulu réaliser mon premier film documentaire, je me suis dit que c’était l’occasion de faire découvrir l’ingéniosité de ces femmes, au monde entier ».


Un habitué de l’environnement des distinctions …

Altidor Gildas Dossou, pour le même film documentaire, a conquis son premier prix, en octobre 2017 : celui du Meilleur montage au ’’Ciné 229 awards’’. En outre, en début décembre, la même œuvre a connu la Sélection officielle au Festival international du film documentaire de Blitta (Fesdob), et au Festival international du cinéma numérique de Cotonou (Ficnc). La distinction nigérienne est la confirmation que le documentaire indiqué déploie une qualité que d’autres instances ne manqueront pas de promouvoir. 


Serge Clément Anatovi, l’autre valeur sûre du cinéma béninois

Serge Clément Anatovi, en possession de son trophée

De son côté, Serge Clément Anatovi est l’autre jeune Béninois ayant été distingué au Festival ’’Toukountchi’’ 2017. Contrairement à son compatriote Altidor Gildas originaire et natif de Lokossa, lui a vu le jour, a grandi et a fait ses études au Niger dont il est aussi possesseur de la nationalité. Ayant remporté le Prix de la Meilleure interprétation masculine, avec ’’Cause perdue’’ dont il est aussi le réalisateur, il constitue, avec le précédent, une pépinière d’une promesse irréfutable, dont le Bénin pourra tirer les fondements de son rayonnement cinématographique, en particulier, et de celui culturel, en général, que ce pays les accompagne ou non, car ces deux étoiles en devenir se battent et réussissent déjà seules.

Marcel Kpogodo


Palmarès du Festival de cinéma du Niger – Toukountchi 2017

Catégorie Documentaire
·         Prix du Meilleur documentaire : Xwlakô, trésor  d’un sol de Gildas Dossou  (Bénin).
·         Mention spéciale du jury : Nos faiseurs de bonheur de Kadri Koda  (Niger)

Catégorie Films des écoles
·         Fiction : Pater-Noster  de Barth Lambert-Oubda   (Burkina Faso/  Institut Imagine) 
·         Documentaire : Une route périlleuse de  Safiatou Hassane (Niger/ IFTIC)

Catégorie  Fiction et séries télévisuelles
·         Prix de la meilleure sitcom court et moyen métrage : Au-delà des mots d’Issa Saga (Burkina Faso)
·         Prix du meilleur film de fiction long métrage : Thom de Tahirou Tasséré Ouédraogo (Burkina Faso)
·         Prix de la meilleure série télévisuelle : Chronique d’une famille d’Abdoul Rachil Maïga (Niger) 
·         Prix de la meilleure interprétation féminine : Inaissa Traoré (Mali), dans Mouna né (Pourquoi moi ?) de Dicko Traoré
·         Prix de la meilleure interprétation masculine : Serge Clément Anatovi (Niger), dans Cause perdue de Serge Clément Anatovi
·         Prix du meilleur scénario : Pile à l’heure de Mariam Moumboua (Côte d’Ivoire)

M. K.

samedi 9 décembre 2017

Un lancement sur des chapeaux de roue pour ’’Toukountchi’’ 2017

Dans le cadre du déroulement du Festival de cinéma au Niger

Le Festival de cinéma du Niger, dénommé ’’Toukountchi’’, a débuté depuis le mercredi 6 décembre 2017, à Niamey, au Niger. Le Centre culturel ’’Oumarou Danga’’ a servi de cadre au lancement officiel de l’événement, le jeudi 7 décembre. Le départ d’une effervescence d’activités, dans le cadre de trois jours d’un programme consistant.

Toukountchi 2017 : une séance de projection de films en compétition
Deux projections de film dans un collège, d’une part, une résidence de création de film documentaire et de fiction, une cérémonie de lancement et la première série de projections de films nominés devant être évalués par le jury approprié, d’autre part. Les catégories d’activités ayant meublé les journées des 6 et 7 décembre 2017, dans le cadre de la deuxième édition de ’’Toukountchi’’, Festival de cinéma du Niger, couplé avec le Festival de films d’animation et la semaine de la critique de cinéma nigérien, sur le thème : « Cinéma et culture de la paix ».
Premièrement, la journée du 6 décembre, celle du démarrage concret de la manifestation cinématographique, a été marquée par deux activités sensibles : la projection du film, ’’La colère dans le vent’’, de la réalisatrice Amina Weira. Cela se déroulait dans l’enceinte du Collège ’’Mariama’’, devant un jeune public, à Niamey, au Niger, au sein de l’un des ciné-clubs, mis en place par l’Association nigérienne des ciné-clubs et critiques de cinéma (Anccc). Pour animer les discussions, leur donner de la richesse, quelques invités étaient de la partie : Anaïs Irma Kayaba Albertina Kéré, membre de la Fédération burkinabè des ciné-clubs, des représentants du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco), de l’Anccc et Amina Weira, elle-même.
A vingt heures, dans la soirée a eu lieu la seconde activité étant la projection de quelques films d’animation, réalisés par le Nigérien Moustapha Alassane, et organisée par le Cinéma numérique ambulant (Cna), ce qui s’est effectué aux quartiers de l’aéroport de Niamey et de ’’Rive droite’’. Cette activité concrétisait la deuxième édition du Festival de film d’animation, ce qui a permis de rendre hommage à Moustapha Alassane, un pionnier dans le domaine.


Le 7 décembre, journée-marathon

La journée du 7 décembre 2017 s’est ouverte avec la cérémonie officielle de lancement du Festival ’’Toukountchi’’, en début de matinée, au Centre culturel ’’Oumarou Danga’’ (Ccog), avec la présence des festivaliers et de plusieurs personnalités dont Souley Limane Korimi, Directeur de l’institution d’accueil, Youssoufa Halidou, Délégué général de la 2ème édition du Festival de cinéma ’’Toukounntchi’’ du Niger, Rahmatou Keita, Marraine de l’événement et lauréate du ’’Prix de la Meilleure image’’ du Fespaco 2017, François Adianaga, représentant du Directeur du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco) et le représentant du Ministre de la Renaissance culturelle, des arts et de la modernisation sociale.
Cette manifestation a laissé la place à la première séance de projection de films nominés pour prendre part à la compétition des productions cinématographiques. La catégorie des ’’Fictions  et séries’’ est ainsi entrée en lice, avec plusieurs films : ’’Chronique d’une famille’’ d’Abdoul Rachil Maïga, du Niger, ’’La famille c nous’’ de Serge Clément Anatovi, du Niger, pour les séries, ’’L’abus’’ de Sékou Ouédraogo, du Burkina Faso, ’’Une longue marche’’ d’Oumarou Badini et ’’Au-delà des mots’’ d’Issa Saga, tous deux, du Burkina Faso, ’’Mouné né’’ de Dicko Traoré et ’’La laine rouge’’ de Nathalia Foulématou, deux réalisatrices du Mali, ’’Pacte’’ de Joël M’Maka, du Togo, ’’Perception’’ de Fatou Sokhna, du Sénégal et, enfin, ’’Pile à l’heure’’ de Mariam Moumbouya, de  la Côte d’Ivoire.
En outre, le Jury constitué à l’effet de l’évaluation de ces œuvres comporte plusieurs personnalités : Harouna Niandou, Président, Mamane Bakabé, François Adianaga et Aliou Ouro Tchitchiri, membres.


Bonne continuation, le 8 décembre

Quant à la journée du 8 décembre, elle a vu se poursuivre la projection des films en compétition, dans plusieurs catégories. Celle des documentaires a donné lieu à l’affrontement de quelques œuvres : ’’Xwlakô, trésor d’un sol’’ de Gildas Dossou, du Bénin, ’’Thhéophane mon fils’’ de Delphine Yerbanga, du Burkina Faso, ’’Liés à vie’’ de Malika  Kakayé, de la Côte d’Ivoire, ’’Esklavaj Reparasyon’’ de  Jean-Luc Miheaye, du Togo, ’’Nos faiseurs de bonheur’’ de Kadri Koda et ’’L’or … dur’’ d’Anita Afatchao, tous deux, du Niger.
Concernant le Jury d’évaluation, il est composé de Rahmatou Keita, Présidente, Amina Weira, Marcel Kpogodo et Esckil Agbo, membres.
Se rapportant à la catégorie ’’Film des écoles’’, ses travaux se déroulent le 9 décembre.
En réalité, onze Prix seront décernés, à l’issue de la délibération des différents jurys : ceux du Meilleur acteur, de la Meilleure actrice, du Meilleur court et moyen métrage fiction, du Meilleur long métrage fiction, du Meilleur film court et moyen métrage documentaire, de la Meilleure série, du Meilleur film fiction des écoles, du Meilleur film documentaire des écoles, du Meilleur scénario, et une Mention spéciale du Jury du film documentaire. En plus, il est prévu un Prix spécial pour la personnalité ou structure ayant le mieux aidé le Festival, notamment. 

Marcel Kpogodo

mardi 28 novembre 2017

Le Festival ’’Akiza’’ organise plusieurs concerts à ne pas se faire conter !

Face à la recrudescence de l’insalubrité environnementale et morale


L’Espace artistique et culturel, ’’Yes papa’’’ de Cotonou a abrité une conférence de presse ce mardi 28 novembre 2017. Par la tenue du Festival ’’Akiza’’, dans les prochains jours, les organisateurs entendent contribuer à l’éradication de la saleté ambiante de nos espaces publics et à celle des travers des comportements humains. Un sujet sur lequel ont échangé avec les journalistes les artistes Eric Boko et Carlos Dosseh, respectivement, Directeur et Administrateur du Festival concerné.


De gauche à droite, Carlos Dosseh, Gilles Gnonnas et Dagbo Weiss, au cours de la conférence de presse
Pas moins d’une quinzaine de concerts tenus par des groupes, répartis dans trois espaces culturels, pour des tickets variant de deux mille à cinq mille francs. Le contenu de la conférence de presse qu’ont animée les artistes musiciens Eric Boko, alias Dagbo Weiss, et Carlos Dosseh, dans le milieu de la matinée de ce mardi 28 novembre 2017, au ’’Yes papa’', sis quartier Wologuèdè, à Cotonou, dans le cadre de la troisième édition du Festival des arts et cultures afro pour la sensibilisation, dénommé ’’Akiza’’. Ces deux personnalités sont respectivement le Directeur et l’Administrateur de l’événement.
’’Akiza’’, signifie, en langue fon, le balai et, à en croire cet artiste béninois, héritier spirituel et musical de Féla Kuti, qui s’est spécialisé dans l’ ’’Afrobeat’’ et qui est plus connu par son surnom, Dagbo Weiss, il s’agit d’un balai salvateur, nettoyeur des sachets en plastique, qui salissent les rues de nos villes, d’un balai chasseur des ordures qu’on trouve partout dans la cité et, enfin, d’un balai destructeur de la mentalité anti-développement, qui ne permet pas au Bénin d’aller de l’avant.
C’est ainsi que, selon Dagbo Weiss, le balai devient un concept d’assainissement du milieu de vie, de l’environnement et de la mentalité ; il se meut en un objet, en une œuvre d’art, que toute personne peut acquérir et placer chez soi, pour se voir rappeler, à chaque instant, les bons principes de la vie géographique et de celle communautaire, d’où une exigence liée au déroulement de la troisième édition du Festival ’’Akiza’’ et qui concerne le public : « Chacun doit porter son balai ».
En outre, l’équipe d’organisation du Festival met en jeu un trophée qui n’est rien d’autre que le balai, en œuvre d’art ; il sera remis, dans la soirée du samedi 2 décembre, à une personnalité ayant été identifiée comme le méritant.


Des concerts

Carlos Dosseh, dans son intervention, a levé un coin de voile sur les artistes et les orchestres, rigoureusement sélectionnés sur des critères de qualité et de capacité à se mouler dans l’ ’’afrobeat’’ et dans des rythmes typiquement béninois comme le fondement d’une certaine musique moderne d’inspiration traditionnelle. Les productions sur scène se dérouleront au ''Yes papa'', à l'Espace ''Tchif'' et au ''Jammin bar'', à Fidjrossè. Ainsi sont prévus pour être de la partie, entre autres, ’’Gangbé brass band’’, ’’Garuda fusion’’, ’’Les yes papa groove’’, ’’Dakunda’’, de Carlos Dosseh, ’’Dagbo and Iaj’’, de Dagbo Weiss,  ’’Isdeen et métalokan’’, ’’Viviola’’, puis des artistes comme Gilles Gnonnas, Segun Ola, Gbégnon, notamment. Pour le Directeur du Festival ’’Akiza’’, ce sont des artistes et des groupes ayant accepté de se produire bénévolement et d’aborder des chansons de sensibilisation à l’assainissement de l’environnement.


Programme des concerts



Logo V3-2 copie.jpgFESTIVAL AKIZA 2017
PROGRAMMATION DES CONCERTS

JEUDI
30 Nov. 2017
VENDREDI
01 Déc. 2017
SAMEDI
02 Déc. 2017



LE
YES PAPA
19H30 - 21H00
Pass : 2 000 FCFA
- TE DJIDJOHO
(MASSEGOHOUN)

- SEGUN OLA
(AFRO BEAT)
20H00 - 22H00
Pass : 3 000 FCFA
- GBEGNON
(TCHINK BEAT ZOMATCHI)

- LES YES PAPA GROOVE
(AFRO POP)

- DAKUNDA
(AFRO BEAT)
20H30 - 22H00
Pass : 3 000 FCFA
- IBUKU BRASS BAND
(TRADI MODERNE)

- ISDEEN ET METALOKAN
(AFRO BEAT)



ESPACE
TCHIF
21H00 - 23H00
Pass : 3 000 FCFA
- ALAFIA
(AGBADJA RENOVE)

- HWENDO
(ZANGBETO BRASS)

- GILLES GNONNAS
(AGBADJA WORLD BEAT)
22H00 - 23H00
Pass : 3 000 FCFA
- GARUDA FUSION
(PERCU CHANT ET DANSE)

- GANGBE BRASS BAND
(TRADI MODERNE)
22H00 - 23H30
Pass : 5 000 FCFA
- OGNON
(AFRO GROOVE)

- DAGBO & IAJ
(AFRO BEAT)


JAMMIN

BAR


23H30 - 01H00
Entrée Libre et gratuite
- VIVIOLA
EN PRELUDE BEAUCOUP D'AUTRES ARTISTES : RAP-REGGAE-RAGGA, ...



 Contact : +229 96 11 36 46 / 97 32 25 93



Marcel Kpogodo

vendredi 24 novembre 2017

Montrer aux Béninois la place incontournable des arts plastiques dans le développement, l’engagement de Mazoclet Toninfo, Président de la Raplam

Dans le cadre de ses activités professionnelles


Peu de Béninois comprennent l’intérêt que cela recèle d’exercer dans les arts plastiques. Cet état d’esprit est si répandu que les professionnels de ce secteur peinent à promouvoir et à rentabiliser leurs productions au Bénin. Mais, propulsé par le sens des défis, propre à la jeunesse, Mazoclet Toninfo n’entend pas laisser les choses dans un état aussi lamentable et catastrophique. Ne croyant qu’en l’action, il s’est très vite donné d’une véritable arme pour enfourcher le cheval de la sensibilisation du public, par des actions bien ciblées, au rôle cardinal que peuvent jouer les arts plastiques dans l’atteinte par le Bénin du développement ; il s’agit de la Raplam qui, bien née très récemment, porte à son actif des initiatives inouïes dont certaines restent en cours.

Mazoclet Toninfo, le regard visionnaire de la foi en l'explosion des arts plastiques au Bénin
« Envoyer le regard du dernier des Béninois sur la culture, sur les arts plastiques ». Le défi qui crée la détermination, enrichit la persévérance et développe le labeur de cette jeune âme de vingt-six ans, qui n’est personne d’autre qu’Olusegun Mazoclet Toninfo. Des qualités qui ont contribué à lui forger une énergie personnelle sur laquelle il s’est fondé pour mettre sur les fonts baptismaux, en 2014, la Rencontre des artistes plasticiens du monde (Raplam). Un instrument qu’il fait valoir aux fins de donner corps à sa vision, très précoce pour son âge, mais profondément visionnaire, vu que les analystes des conditions du développement futur du Bénin indexent comme le porte-flambeau de cette situation de réussite ; il veut faire rayonner les arts plastiques dans son pays, notamment.
Très tôt, ce titulaire d’une Licence en Transports et logistique s’est frayé un chemin dans les environs immédiats de tout ce qui pouvait le mettre en relations fructueuses avec son domaine de prédilection, de passion : les arts plastiques. Première figure importante, à cet effet, le plasticien français, Joël Pascal, que les hasards de quartier lui donnent de rencontrer, d’aider et de côtoyer plus fortement. A partir de lui, deux autres jeunes personnalités des arts plastiques béninois le remarquent : Marius Dansou et Benjamin Déguénon, initiateurs du ’’Parking bar’’, au quartier de Fidjrossè, à Cotonou, ces deux aînés avec qui il fait beaucoup de choses depuis et désormais. En outre, les circonstances favorables continuant à sourire au fortuné Mazoclet, le jeune photographe bien connu dans les médias culturels, Emmanuel Tométin, lui ouvrent les bras pour une intense et très fructueuse collaboration à travers sa galerie en ligne : « Il m’a donné le privilège de faire la promotion des artistes en me confiant la galerie ’’Déka Germaine’’ », révèle Mazoclet, les yeux pétillants des faits de ce bon souvenir. Et, ainsi, des artistes photographe, peintres, plasticiens, sculpteurs se succèdent, forcent sa mentalité à se fourbir de la science des expositions, …

Le logo de la Raplam
Ainsi, il se dote, d’une manière urgemment pratique du cahier de charges qu’il impulse à la Raplam : entre autres, identifier des espaces d’exposition d’œuvres d’art, sensibiliser, conscientiser la population béninoise sur la valeur de la culture, créer, au Bénin, un marché des œuvres d’art, organiser des expositions virtuelles et visuelles, tenir des ateliers de formation pour les artistes, des résidences de création, promouvoir les arts plastiques, faciliter les échanges entre les plasticiens du monde.


Une sérénité hors du commun

Pendant que nous discutons en toute quiétude, il est difficile de se douter que Mazoclet Toninfo est sur la braise. De temps à autre, des coups de téléphone, qu’il reçoit, interrompent notre conversation, pour des instructions qu’il donne, des orientations qu’il apporte. Cette maîtrise de soi, cette démonstration de sang-froid deviennent impressionnantes lorsqu’il se révèle que le jeune homme est, en fait, la cheville de mise en place de deux événements, dans la même semaine, à quelques petits jours d’écart : le Festival ’’Zâ’’, prévu pour se dérouler du 22 au 26 novembre, et l’exposition, par les soins de la Raplam, des œuvres du plasticien français Joël Pascal, à la Galerie ’’Guèlèdè’’, à Jéricho, dès la soirée du vendredi 24 novembre où en est prévu le vernissage.
Une prouesse, peut-on dire, pour un jeune de son âge, dans la gestion et la maîtrise de son temps. Se rendre à chacune de ses manifestations permettrait de se rendre compte s’il détient un savoir-faire en logistique, et s’il s’est approprié l’art d’organiser une exposition. Public, à toi de  juger …

Marcel Kpogodo

samedi 18 novembre 2017

Nock innove avec ’’Les éveillés’’

Dans le cadre de sa prochaine exposition

L’artiste peintre et sculpteur béninois, Nock, de son nom à l’état civil, Eunock Hounkpèvi, tient, dans les prochains jours, une exposition à ’’La maison rouge’’, un cadre de présentation au public d’œuvres artistiques, situé au niveau des villas Cen-sad, à Cotonou. L’opportunité pour l’artiste de nouvelles inspirations en sculpture.


Nock, avec quelques "éveillés"
Des sculptures, pour la plupart d’entre elles, de plus d’un mètre de long, produits sur le fondement de matériaux locaux du Bénin, complètement inattendus. La substance de l’exposition que prépare Eunock Hounkpèvi, alias Nock, pour surprendre et impressionner le public, au cours d’une exposition dont le vernissage est prévu pour le jeudi 23 novembre 2017, à ’’La maison rouge’’ de Cotonou. Intitulée ’’Les éveillés’’, cette exposition s’annonce comme un tournant remarquable dans l’inspiration sculpturale de Nock. Pour la première fois, il donnera à voir des sculptures hautes, conçues avec un agencements de matériaux novateurs tels que la calebasse, la corde mais, aussi, avec un autre dont on lui connaît l’habitude de l’utilisation : la latérite.
Ces sculptures doivent absolument être vues parce qu’elles incarnent des personnages qui se mettent en luttent contre les fléaux de notre temps : ’’les éveillés’’. Un autre élément d’originalité reste que des onjets-symbole tels que la palette de cuisine, le gong géminé, les talismans, des noix, trouvent une place de choix dans l’élaboration matérielle des sculptures. Vivement, donc, le jeudi 23 novembre prochain, pour que le public se rende compte de la portée de la nouvelle orientation de Nock vers des matériaux locaux qui, selon lui, facilitent un travail sur place, durable dans le temps.

Marcel Kpogodo

vendredi 17 novembre 2017

Patricorel, l’artiste-bouteille de la résurrection créatrice

Dans un univers de personnages qui amenuisent la pourriture sociale

Aureil Patrick Bessan utilise la nature pour contribuer à corriger les maux de tous ordres, qui y fragilisent la vie. Ce qu’il faudrait retenir d’une incursion qu’il a bien voulu permettre dans son monde, celui dans lequel s’épanouissent son travail et le fruit de ce qu’il en sort quotidiennement : des personnages peu conventionnels, eux qui s’incarnent par le souffle de vie, qu’il leur donne, lui, leur dieu, pour une mission simple qu’il leur assigne : témoigner du mauvais quotidien du monde, en faire prendre conscience aux hommes et, notamment, éterniser des pistes de résolution de ces problèmes.  

Patricorel devisant avec l'ex-guerrier
Aureil Patrick Bessan entoure affectueusement, de l’un de ses bras, Dana, cette femme laborieuse, un bébé au dos, le visage noir d’ébène, desséché par le soleil ardent de ses parcours, entouré d’un voile avec, sur la tête, un colis dont l’élément qui ressort le plus est une natte, les lèvres arrondis, dans le récit de ses malheurs ; le signe qu’elle est très éprouvée. Selon lui, elle a courageusement pris ses jambes à son cou, fuyant son pays en guerre et, la voilà réfugiée au Bénin, à Cotonou, dans une maison du quartier d’Agla; le bras très consolateur dont il la protège, porteur d’une bonne chaleur humaine, la réconforte.
Lui, dans un cadre qu’il a bâti à sa personnalité intrinsèque, celle de titulaire d’une Maîtrise en Histoire de l’Art et qui dédie sa vie à l’art contemporain, lui que sa métamorphose réussie en un artiste récupérateur a transformé en Patricorel, est très familier de ce monde dans lequel évolue l’infortunée Dana qu’il connaît profondément, pour l’avoir faite de ses mains !
En effet, l’élément de base du visage de Dana est une bouteille renversée, ses yeux, son nez et ses lèvres d’un arrondissement figé ont été conçus selon une technique dont seul le jeune créateur a le secret, sans compter que ses membres sont aussi de la bouteille, pendant que la consistance de son corps est tenue par du tissu.

Patricorel posant avec Dana
Dans un atelier de travail gardant l’allure d’une salle de concertation, d’autres compagnons de Dana exposent leur histoire, leurs expériences de la vie, celles-ci sont diverses, variées, touchantes, impressionnantes, intéressantes, révélatrices ; des portraits, accrochés au mur, exhibent fièrement leur visage en feuille d’arbre séchée, à l’allure d’un masque de ’’kaléta’’, et leur abondante chevelure en lamelles de tissu. Certains personnages ont un corps de bois, habillé d’un ample tissu hollandais tant prisé par les Africains, d’autres ont la tête coiffée du chapeau traditionnel dont ils ont la mission de rappeler et de promouvoir l’existence : le ’’gobi’’, son sommet peut être tourné du côté où l’on le souhaite. Comme Dana, d’autres ont le visage de bouteille, à l’instar de l’ancien guerrier qui, du dehors, accueille tout nouvel arrivant ; géant, d’une robustesse de bois, il fait la fierté de Patricorel, vu un signe plus que fort, très remarquable de sa renonciation à la guerre : le canon de son long fusil, de bois aussi, est baillonné d’un morceau de tissu ; son très ample survêtement délavé en dit long sur une certaine odyssée périlleuse, de même que son foulard de barbouze, sur les tueries que la tête qu’elle attache ont pensées et que ses mains, désormais inexistantes, ont exécutées.
Concernant cette assemblée qu’il veut instructive pour le public, le discours de Patricorel, matérialisé à plusieurs niveaux du mur de l’atelier, se révèle d’une grande simplicité : « Les œuvres d’art donnent les mêmes leçons que les grands livres classiques » ; à l’en croire, toutes ces sculptures portent l’histoire d’une  démarche de travail, à nulle autre pareille. Et, pour arriver à ce résultat, aucun objet n'est acheté, tout est récupéré en situation de jet, d'abandon ou d'attente d'une situation de destruction. 


Une diversité de matériaux

Serait-il exagéré de l’appeler ’’l’artiste-bouteille’’ ? Il n’y a aucun doute que non, puisque les bouteilles de vin et de tous les genres sont le premier matériau qu’il utilise, ce qui lui permet, surtout, de camper des visages. Pour lui, la facilité pour la bouteille de se casser témoigne de sa fragilité qui traduit celle de l’espèce humaine, frappée par la maladie, la vieillesse et la mort. Et, il arrive à Patricorel de concevoir une œuvre d’art de bouteille en gigogne, c’est-à-dire qui laisse voir une bouteille incluse dans une autre, d’où, pour lui, la fragilité de l’humain est contenue dans celle du monde, ce qui lui permet d’attirer l’attention, par cette œuvre, sur la double fragilité. 
D’un visage à un statut social plus que difficile, c’est celui de réfugié que servent à l’artiste à restituer les feuilles sèches, les feuilles mortes, même les feuilles incomplètes : « Je les maintiens telles qu’elles sont et j’y colle de petits papiers pour donner une forme complète au visage », explique-t-il, tout en continuant : « Les feuilles mortes sont le résultat de plusieurs faits de maltraitance : le piétinement des hommes, les bestioles qui les attaquées dans leur état vert et le pourrissement ; c’est le cycle de vie des réfugiés qui sont jetés sur les routes et livrés à la pauvreté par la guerre. Chaque feuille morte représente un réfugié », finit-il.

Patricorel en pleine conférence ... Pas de dérangement, s'il vous plaît ...
Parlant de la guerre, un autre fléau de notre époque, Patricorel lui consacre tout un discours de rejet par son exploitation artistique du bois récupéré de la nature ambiante. Ses explications permettent de comprendre, à ce propos, qu’il prend ce matériau dans la rue, n’importe où, le garde tel quel et l’abandonne, plus ou moins en vue, jusqu’au moment où une inspiration subite lui suggère un message adapté à la forme qu’il présente. Après cela, il peut y travailler en y perçant des trous, en y mettant des clous, ce qui symbolise  les coups de fusil, les coups de canon, qui tonnent au cours des guerres. Ainsi, les visages qui se profilent, spontanément, incarnent, reconstituent, selon l’analyse de l’artiste, « toutes les personnes ayant perdu la vie au cours d’une guerre » ; ces œuvres sont, pour lui, un tremplin, pour passer un message de paix ». C’est de cette manière que le personnage emblématique, structuré de bois, qui accueille les visiteurs arrivant à son atelier, tient un fusil bâillonné, purement et simplement
De la bouteille au bois en passant par le tissu et la feuille morte, des personnages se font jour, grâce au savoir-faire d’un artiste qui sait associer des matériaux accessoires, secondaires tels que la peinture, le feu, la colle, le stylo, qui contribuent à achever, à affiner les œuvres d’art, à en effectuer la finition.
De la bouteille au bois en passant par le tissu et la feuille morte, ce sont des objets délaissés, abandonnés, jetés en pleine nature, sur des dépotoirs sauvages d’ordures, dans des ateliers, que Patricorel prend à lui, récupère, traite, sur lesquels il travaille avec ardeur, ferveur et avec une incandescence, une chaleur spirituelle. C’est ainsi que cet artiste exerce l’art de la récupération, dans le but de faire passer un message fort, celui qui consiste pour lui à s’insurger contre la surconsommation, en vogue à l’époque contemporaine. Selon Patricorel, elle a un impact dangereux sur l’environnement, par le rejet massif de déchets de toutes sortes dans la nature.


Une résurrection par les mots

La nouvelle vie que crée et développe Patricorel par les objets-ordures dont il libère, dont il assainit l’environnement, se concrétise, d’une part, par des personnages dotés d’une histoire à but de militantisme et, d’autre part, à travers les mots qu’il agence, qu’il met en harmonie pour évoquer, restituer et immortaliser l’histoire de l’objet qu’il a sauvé. De la capacité du labeur manuel à la production du texte ’’récupératif’’, le poète d’artiste-bouteille exerce un art poétique prenant la dimension ’’chair’’ que le créateur suprême a donnée au verbe. Par le texte, la sculpture est pourvue, en bonne et due forme, de l’esprit, d’où une résurrection totale.


Bons faits d’arme

A peine arrivé dans le monde des artistes récupérateurs, remarqué par l'acteur culturel français Jean-Pierre Puyal, Patricorel, par un savoir-faire méticuleusement mené et par l’originalité de sa démarche de travail, s’est vu donner l’occasion de tenir des expositions hors du Bénin. D’abord, du 2 au 30 août 2017, il montrait son travail à la ’’Cave coopérative’’ de Condom, un centre de fabrication de vin, dans le Département du Gers, non loin de la ville de Toulouse, en France. Là, les bouteilles étaient à l’honneur puisqu’elles furent le fondement de l’exposition. Un mois plus tard, dans le même pays, il était au Château de Cassaigne. Enfin, le Centre culturel ’’Cavéa’’, à Valence-sur-Aise,  a aussi accueilli son travail, sur le thème des réfugiés, ce qui a offert à Patricorel l’opportunité de faire valoir bouteilles, bois et feuilles dans un processus de résurrection artistique.
Comme projet, dans l’immédiat, l’artiste entend réaliser, à but de sensibilisation, une exposition de rue, à Agla, son quartier d’habitation, « pour permettre à tout le monde d’avoir accès à mon art », précise-t-il.                
     


Marcel Kpogodo

lundi 13 novembre 2017

’’Le chroniqueur du Pr’’ ou les multiples morts du journaliste

Dans le cadre de la mise en scène d’Hermas Gbaguidi

La représentation théâtrale du ’’Chroniqueur du Pr’’ a été donnée dans la soirée du vendredi 10 novembre à l’Espace ’’Tchif’’ de Cotonou. Sous la houlette d’Hermas Gbaguidi qui en a assuré la mise en scène, il est plus apparu, de la pièce, un sujet plus pertinent que la simple peinture du régime Talon dans ses premiers mois ; il s’agit du journaliste béninois, africain et d’ailleurs, confronté à la mort qui a vocation à détruire en lui toutes ses dimensions productives, vitales.

Action finale de meurtre du ''Chroniqueur du Pr''

Sept. Le nombre de morts, infligé au journaliste, de par le monde, selon la lecture qui ressort de la mise en scène, par Hermas Gbaguidi, de la pièce, ’’Le chroniqueur du Pr’’, le vendredi 10 novembre 2017, à l’Espace ’’Tchif’’, à Cotonou. Ecrite par Daté Atavito Barnabé-Akayi, un an plus tôt, elle lui a valu le Prix du Président de la République, le mardi 7 novembre dernier, au Palais des congrès de Cotonou, lors de la délibération par le Jury, constitué à l’effet de ce Concours national littéraire, en commémoration de la Journée internationale de l’écrivain.
Sur la scène, lancement de l’action par le choc de la découverte par le personnage dénommé ’’Le chroniqueur’’, incarné par Carlos Zannou, de la vraie personnalité noire de son interlocuteur qui n’est personne d’autre que ’’Le confrère’’, Elisée Maforikan, dans le jeu, son ancien collègue qui, entre temps, est devenu Chef d’Etat. Il le remarque comme celui ayant œuvré à son arrestation et à sa détention dans un espace de torture dénommée, de manière euphémique, ’’Salle d’opération’’. Le spectateur se trouve alors au début du second grand compartiment de la pièce, celui qui met les deux personnages aux prises avec les éléments fondant leur opposition. Quelques minutes après, cette séquence se révèle une parenthèse qui est très vite refermée, pour donner force à la chronologie de la pièce. Cette parenthèse valide le fait selon lequel l’évocation des faits relatifs aux premiers mois décriés de la gouvernance d’un certain nouveau régime constitue l’arbre qui cache la forêt de la véritable préoccupation de la pièce : la vulnérabilité du journaliste face au pouvoir.

Fusion des identités

C’est ainsi que ces deux personnages ont imposé leur présence sur une scène sobrement décoré avec, en son centre, une sorte de poteau de torture ; une scène qui s’est voulue souple, changeante, étant donné qu’elle laissait une marge de manœuvre aux personnages pour, aisément, passer d’un statut à l’autre et, elle aussi, pour être changée d’un cadre à l’autre. Ainsi, plus tard, le poteau de torture laisse place à un banc qui valide la proximité entre les deux personnages, collègues, dans un certain passé, et devisant sur les questions d’actualité, autour de verres d’alcool, au domicile du chroniqueur ; à cet effet, chacun d’eux a le visage revêtu d’un masque blanc, ce qui contribue à les rendre identiques, fusionnels, avec leurs voix qui se moulent l’une dans l’autre, qui ne se distinguent plus l’une de l’autre, comme si elles étaient devenues mêmes, identiques : le signe du passage de l’amitié à la fraternité, du ’’deux’’ au ’’un’’, ils ne sont plus ’’distinguibles’’, si ce n’est par la posture personnelle, spécifique qu’impose le contenu de leur conversation. Ils récupèrent donc et focalisent toute la tension sur les difficultés du journaliste face à un pouvoir broyeur de la presse.
Ce passé commun au chroniqueur et au confrère a marqué son caractère définitivement révolu puisque le journaliste de président de la république devient le propre bourreau de son ex-collègue, de son ex-directeur de campagne, qui s’est opposé, la victoire acquise, à entrer dans l’appareil de gestion des affaires de l’Etat ; il le tue, de ses mains gantées de ’’chirurgien’’, l’asphyxiant et le laissant emporter avec lui le secret de l’assassinat de son épouse à qui lui, l’autorité suprême, s’était unie, par une relation adultérine d’où est sortie un enfant dont le président a découvert qu’il était le père, et qui est morte, par ses soins, avec deux autres enfants du couple.


Plusieurs morts

La mort du Chroniqueur est une mort journalistique, physique, qui en cache six autres. D’abord, cette première mort incarne, symbolise, est celle de tous les journalistes, dans le monde, tués parce que l’exercice de leur travail gêne, parce que l’impartialité qu’ils manifestent, compromet les intérêts d’un cercle de pouvoir, d’influence. C’est ainsi, actantiellement parlant, que se dessine le projet de la pièce : pour le confrère qui est, par conséquent, le destinateur, il s’agit de détruire son collègue le chroniqueur, vu que tout ce qu’il connaît de lui, tout ce qu’ils ont partagé, son refus de collaborer au pouvoir constituent un fondement, un facteur d’affaiblissement de son influence, de son autorité, un déni d’une supposée intégrité qui devrait le rendre crédible devant le peuple.

De gauche à droite, Elisée Maforikan, Hermas Gbaguidi et Carlos Zannou, à la fin de la pièce

Donc, le chroniqueur, le destinataire de cette vision calamiteuse, tragique est en aussi l’objet, puisqu’il en est la réalisation, par sa disparition, de même que par celle de son épouse et de ses enfants. Et, de multiples facteurs favorisent la concrétisation du défi macabre, c’est l’adjuvant : la naïveté du chroniqueur, le sommeil de son sens de prudence, sa confiance en l’autrui, en l’amitié, en la fraternité, en la confraternité, son intégrité, sa conscience professionnelle, sa complaisance face au confrère, son refus d’entrer dans l’appareil politique, après la victoire à l’élection présidentielle, la frustration de l’épouse, l’immoralité de celle-ci, la perversité du confrère, son abus de confiance, son hypocrisie profonde, sa duplicité, sa capacité à justifier ses écarts moraux à sa propre conscience par l’argument de sauver son ’’ami’’ de sa femme immorale. Enfin, il faut trouver la ’’salle d’opération’’. Voilà, alors, tout un boulevard généreusement ouvert, devant le président, pour la commission de son crime. Comme quoi, il est très facile, à l’époque actuelle, de tuer un journaliste : l’actant d’opposant au projet est inexistant.
Par ailleurs, le journaliste confraternel n’existe plus lorsque l’ex-collègue du chroniqueur devient président de la république, ce qui n’est pas le cas chez ce chroniqueur qui, malgré le changement de statut de son ami, le protège, se garde de publier de lui des informations compromettantes : troisième mort, alors, celle du journaliste professionnel, puisqu’est devenue problématique la gestion de la vérité des faits. En outre, quatrième niveau de mort, c’est le journaliste tout court qui n’existe plus dans la conscience du confrère, dès qu’il accède au pouvoir, ses charges publiques étant devenues colossales et ayant emprunté d’autres dimensions.
Cinquième mort du journaliste, celle de sa vie privée, de sa vie de famille, cette mort qui, en réalité, a ouvert la boîte de Pandorre, la sixième étant celle de son intégrité personnelle quand il est question pour lui de passer du statut de traiteur, de relayeur des faits de l’actualité à celui de l’homme de pouvoir ; sa posture reconnue d’éveilleur de conscience s’étiole, s’éteint. Et, plus il entre dans nouveau rôle, politique celui-là, plus il se dénature ; il passe de l’ange au diable, ce qui suppose la septième mort du journaliste, celle de sa conscience morale et le surgissement des instincts malfaisants, une situation qui ouvre la porte à tous les excès que l’exercice du pouvoir suprême permet.  
La mise en scène du ’’Chroniqueur du Pr’’ a donc un mérite certain : focaliser l’attention sur les vicissitudes du journaliste, celles-ci qui le dissolvent dans un acide aussi effaceur de la vie, de la dépouille et de la cause de Patrice Lumumba.

Marcel Kpogodo